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30.10.2007
Toi qui comme l’eau prise
Toi qui comme l’eau prise
dans son givre contractes,
jusqu’à la brisure,
la bouche au centre de ta face, et qui
lui donnes ces cicatrices blanches et grises,
parfois maquillées de bleu, poussant
au plus lointain
les crispations de l’hiver,
recueille, le veux-tu bien ?, ma parole,
et tiens-là au plus près de ton corps scintillant
- c’est aujourd’hui qu’une ombre s’est penchée sur moi
et qu’elle me suit,
suspendue par miracle,
poussée par les deux vides, entre
moi et ce que reproduit le soleil sur la poussière.
Toi qui, gonflé de glace, montes
jusqu’aux berges du lac, n’écoute
que moi ;
l’écho que tu provoques est le plus pur.
Il faut absolument rêver.
1998, je crois.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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Nous nous croyons en partance, - au pied des océans bâtis
Nous nous croyons en partance, - au pied des océans bâtis
par les ports ; et cependant indisposent
ces teintes que prennent nos mains à trop avoir tenu
la grille et les barreaux : elle ont rouillé comme
s’assombrissent par plaques entières l’écorce des arbres
qui s’usent
à perdre dans le filet troué de leurs branches le vent. Nous
nous croyons – le bord du gouffre
serait déjà pour nous une promesse de départ : le plongeon
nécessaire – vers -. Et 3, 4, 5, 6 fois,
nous crachons sur le sol, pensant vaincre le sort,
mettre le saint dans nos valises, Hermès entre les dents
des coutures de nos poches de pantalon. A l’intérieur,
tressaute et sonne, comme des centimes,
le grincement flasque des paquets de vermine
que nous emmenons toujours avec nous. Peste éternelle
en nos vies maritimes et de voyages, d’ailleurs.
Nous l’avions gratté de nos pores, ce mal ; et nos mains
et nos ongles sont sales, ont ce rouge passé
propre au sang séché des choses : il faut partir ;
le désir est présent, nucléaire, dynamique.
Nous espérons,
les mains serrées que, dans le lointain, la porte ne sera point close,
sur laquelle est cloué l’autre en ses désirs.
(2004)
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25.10.2007
Pratiquer devant les peuples
Pratiquer devant les peuples
(dont l’œil s’éteint encore et la langue s’appauvrit)
les grands interdits : être le magicien à jamais jeune des choses
à jamais jeunes qui échappent aux mots – mais
pas aux gestes ; - je veux ces gestes-là
qui sont autant d’ardents signes pour
ma naissance au magma du monde
qui fera de ma conscience son empreinte.
(2005)
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18:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Plus rarement, j’entends
Plus rarement, j’entends
le flottement de l’aile
angélique – dans la pièce, pourtant encombrée déjà, où
s’engouffrent et s’amoncellent les objets inutiles
du jour, et les inutiles paroles – c’est
une feuille de soie que l’on promène
sur la peau ; une douceur dans le son
qui ne devrait finir jamais ; une
fleurissante blancheur s’égratignant
à la roideur épaisse des murs
lorsque bientôt (cela se devine) l’éclair finira ; et qui gêne. – Je
suis assis, à la merci des ----.
Que vienne
du haut large, le navire stellaire
chargé de terres fertiles, d’eau, d’hommes et de bêtes ; que vienne
l’arche pathétique au vague visage modelé
par le jeu des translucides ombres caverneuses
dans lesquelles babillent – à nos sens néandertaliens – le vrai feu
à jamais naissant.
Cela se fait si rare,
cette expérience, à présent, que
le plus subtil mouvement de l’ange
laisse engendrer du corps déjà superbe du monde
ce monde idoine s’ouvrant
jusqu’à
disparaître en lui-même – tel est le don.
La seconde a passé :
le lit de l’espace, du temps et des mots a rejoint
ses berges le long desquelles éclosent les jardins surgis
de lys mauves. L’ange invisible a son parfum,
sa couleur, - nervure
crochetant l’extérieur à l’intérieur, le poème est à moi.
Dimanche 5 février 2006
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24.10.2007
tout l’obscur – chair
tout l’obscur – chair
profonde des nuages au soir
d’octobre ; et même
cœur d’avant-nuit
privée d’étoiles, battant
lent, en lui, la marche presque arrêtée
d’une fin de jour
couverte par l’encre
d’une sèche
cachée au plus rentré
et élémentaire
de ce ciel de grès noir
Le lundi 22 octobre 2007, 19h44-20h00. T.E.R. Montpellier – Narbonne.
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22.10.2007
Des interdits – c’est de là, d’eux, que je
Des interdits – c’est de là, d’eux, que je
ferai bâtir une chapelle de ta peau ;
je ne suis pas christ, mais
s’y fixera mon visage ;
et mes lèvres sauront alors
quelles sont tes amertumes.
(2006)
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21.10.2007
Objet de Nuit
Objet de Nuit,
Fatalement réfléchissant moi
- Et de moi l’expression tardive des heures abusées
Par le jeu des brisures et des chairs qui se gonflent
Et qui n’en peuvent plus d’être elles-mêmes,
Tellement que rechercher l’hôte est l’obsession,
S’enfouissant dessous la face des choses
- Sous elle nerveusement agrippé -
Suspend sa bouche et la dilate,
Ouverte, fendue
Elle-même apocryphe et faussaire
Et se frotte jusqu'à parfaitement être ce qu’elle touche :
Mouvements identiques qui s’embrassent, se mêlent et sont ;
Double qui s’invente et se recherche comme tel,
Ne laissant à tout jamais que le vaste et monotone
Accord de la métamorphose incessante - C’est le pur qui se donne
Tranche et se transmet : ainsi l’autre (le même)
Ne se pense plus solitaire. Et l’objet se resserre et
Se rétracte et rentre en lui-même :
Il agonise de s’être voulu toujours hors de ce qu’il est,
Chose vue (à jamais expirante), géométrie du corps variable,
Emotion d’une nef désireuse ;
Hors, tirée et qui se rejette et veut s’expulser
Jusqu'à la dissonance de l’extrême partage, et la perte,
Et l’improbable,
Et le presque pur : la parturiente insatisfaite
- D’éternité scandaleuse
Et qui se voit se regarder,
S’enfantant de l’échec vers l’échec,
Encore et encore
- Mais qui inexorablement s’éloigne
Vers l’infiniment disparu.
(1996)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
08:26 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Nue beauté
Nue beauté,
Amoindrie jusque dans le plus petit jour,
Par la lumière même qui doit l’accomplir.
9 août 2001
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
08:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.10.2007
Ce qui s'abîme
Il y a des instants, des pas, qui devraient m’arrêter, qu’à mon corps défendant je fais néanmoins - qui feraient, de la sérénité, vaciller les plus stables statues ; mais qui sont les pas de tous les jours : ici, comme vous, amis et ennemis - je déambule.
Je dis de tous les jours ; or, il ne suffit que d’un seul de ces pas (beaucoup moins qu’une seconde) pour qu’une reconnaissance du monde tel qu’en lui-même, mais étrangère à moi originellement - involontaire et foudroyante -, soit, en moi, mise au jour. A la directe suite du cheminement, proprement inenvisageable, légué par le fructueux hasard, ou plus beau, la digne Providence.
Subite, la révélation ne laisse d’autre place qu’à elle seule - elle soumet tout ce que je suis - elle veut tout (de moi) ; et tout se passe comme si j’étais né que pour n’être, à cet instant précis de l’illumination, que son foyer d’élection. En moi, de part en part, traverse, défloré tout à coup, un grand mystère, mis à nu grâce à la mécanique subtile que je n’ose ici nommer.
On rugit cependant comme un lion châtré, en soi : parce que cette manifestation de solaire vérité, toute pure dans la seconde qui vient de passer - sans un mot, selon mon propre pas - se fanera, ou se boursouflera, dans le commencement répété des secondes suivantes.
Déjà trois pas de plus.
Déjà, presque plus rien ne restera - et les mots, seuls, conserveront ce peu, abîmé et justifié par eux, qui sont l’oubli inévitable et bienfaisant : la consolation.
L’ombre est devant moi s’estompant, très douce.
Dimanche 17 décembre 2000.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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19.10.2007
Nos vies sont des études
Nos vies sont des études,
des à peu près pour un crime
plus grand encore que nos places encombrées
ici – en nos lieux, nous sommes comme
des essais d’oiseaux, des tentatives
de soleil creusé à même le précipice,
alors qu’une bouche, dit-on, parle
du fond des eaux d’où le monde a cru surgir.
Elle bouge, se tord, lèvres-vipère qui mue
au plus ras des herbes,
dans la poix du silence
qui, en sa pesanteur, veut se faire entendre.
Elle voudrait dire que cela vient,
que cela viendra après nous,
qu’il y aura l’achèvement,
mais elle est
d’un avorton pleine.
(2004)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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