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20.10.2007
Ce qui s'abîme
Il y a des instants, des pas, qui devraient m’arrêter, qu’à mon corps défendant je fais néanmoins - qui feraient, de la sérénité, vaciller les plus stables statues ; mais qui sont les pas de tous les jours : ici, comme vous, amis et ennemis - je déambule.
Je dis de tous les jours ; or, il ne suffit que d’un seul de ces pas (beaucoup moins qu’une seconde) pour qu’une reconnaissance du monde tel qu’en lui-même, mais étrangère à moi originellement - involontaire et foudroyante -, soit, en moi, mise au jour. A la directe suite du cheminement, proprement inenvisageable, légué par le fructueux hasard, ou plus beau, la digne Providence.
Subite, la révélation ne laisse d’autre place qu’à elle seule - elle soumet tout ce que je suis - elle veut tout (de moi) ; et tout se passe comme si j’étais né que pour n’être, à cet instant précis de l’illumination, que son foyer d’élection. En moi, de part en part, traverse, défloré tout à coup, un grand mystère, mis à nu grâce à la mécanique subtile que je n’ose ici nommer.
On rugit cependant comme un lion châtré, en soi : parce que cette manifestation de solaire vérité, toute pure dans la seconde qui vient de passer - sans un mot, selon mon propre pas - se fanera, ou se boursouflera, dans le commencement répété des secondes suivantes.
Déjà trois pas de plus.
Déjà, presque plus rien ne restera - et les mots, seuls, conserveront ce peu, abîmé et justifié par eux, qui sont l’oubli inévitable et bienfaisant : la consolation.
L’ombre est devant moi s’estompant, très douce.
Dimanche 17 décembre 2000.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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