15.04.2008
Qui – viendras-tu
Qui – viendras-tu
? alors que le soleil se
déverse au temps
et se vide ; quand,
ailleurs et en fuite, devenu
écume d’écume, il
se protège dans la noire
fraîcheur, sous la pierre
séchée d’été, avec
les iules et les cloportes moites
et somnolents ; signe-minéral, signe,
oui ! de lumière où
transperce une autre
pierre en celle
ayant creusé, sans
le savoir, du sol
profond et muet son
irrésistible assomption, et roche
venue du jeune espace
où la terre informe
eut pu tenter
l’expérience d’être étoile ;
carmine absence, absence, carmin
d’absence, donc, tôt
disparue dans la pierre
sombre refroidie (plus tard,
sans doute, lause), – mémoire
contenant l’avant-Dieu dont le pas veut
rattraper son dieu ; qui jamais ne
le pourra ; – – et
pierres elle-même, la terre, brandon
fumant fait monter
sa fumée d’encens où
l’infini-après-l’infini
ne l’accueille pas, – elle.
Dimanche 13 avril 2008
Dans le train, Avignon-Narbonne
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07.03.2008
« Pourrissement »
Jusqu’au démembrement du Verbe
- C’est sur moi son sang qui s’est fait don.
Et la libération, et la brûlante déchirure
Décousue jusqu'à la gorge
Dorénavant muette, silencieuse superbement, et immobile,
Qui sur ma peau se sont imprimées jusqu'à l’obscène :
Le mot ne se lit plus,
Car il est chair enduisant la boue mâchée par Dieu - l’informe.
Il s’admire, mais n’est plus sens
N’a plus sa part.
Du sang sur moi
un avertissement,
l’annonce pressante des gestes à rejeter.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
14:54 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.02.2008
Etincelle patiemment écrite
Etincelle patiemment écrite
En voix différente(s) :
C’est l’inflexion de la flamme inhabitée
Pesante d’une parole portée disparue
Touchant presque
Le poquet depuis longtemps couvert
Où veillent les graines
Libérées par la merveille des possibles
Là, dans ces lieux connus
Cachées sous l’épiderme
Elles rêvent et écoutent
S’improviser
La composition fuguée des saisons
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18:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.02.2008
Nos âmes seraient-elles à présent
Nos âmes seraient-elles à présent
solides ? – briques noircies, elles ont pris
du grès et du vieux bois sec
tant qu’elles s’entendent racler,
comme servante brosse à la main,
le sol des chambres
quand l’esprit au premier sommeil
ou au pas du réveil vient, s’efface,
selon ce qu’est la lumière – et
ce qui s’y voit,
ne s’y voit pas.
Café Del Mon, Montpellier, 20 – 06 – 07, 20h10
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16:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.02.2008
Sois constante ma douleur
Sois constante ma douleur
Que je respire vive
Que tu me tiennes toi l’Eveillée
Eveillé dans l’ourlet dangereusement moelleux
Des heures de l’ensommeillement
Enfin rendue à mes mains
L’autre respiration autrement élargie
La Demeure
Au nom de baptême absenté
Dégage des murs blanchissants
L’œil éduqué d’une distance nouvelle
Sois ma douleur constante
Cantique des pas de sous la roche
Ravivé plus beaux dessinant
L’arceau et les piliers
De notre cathédrale vive dans le feu
Et avec nous présente hors de la flamme qui sont
Et l’hôte et l’invité
Nous le sentiment d’exclusion l’accueil
Nous le lien le disjoint
Nous trémières
Nous ici
Douleur moi le sol où s’étendre et prendre repos
Moi la servante moi le lieu
Le verset moi son commentaire
Penche-toi... Sur le versant de mon eau qui se fixe
Apportes-y le moins ivre de tes soins
Là est
Toute chose de sa crasse dépouillée, précis.
Que je respire vive
Que tu me tiennes toi l’Eveillée
Eveillé dans l’ourlet dangereusement moelleux
Des heures de l’ensommeillement
Enfin rendue à mes mains
L’autre respiration autrement élargie
La Demeure
Au nom de baptême absenté
Dégage des murs blanchissants
L’œil éduqué d’une distance nouvelle
Sois ma douleur constante
Cantique des pas de sous la roche
Ravivé plus beaux dessinant
L’arceau et les piliers
De notre cathédrale vive dans le feu
Et avec nous présente hors de la flamme qui sont
Et l’hôte et l’invité
Nous le sentiment d’exclusion l’accueil
Nous le lien le disjoint
Nous trémières
Nous ici
Douleur moi le sol où s’étendre et prendre repos
Moi la servante moi le lieu
Le verset moi son commentaire
Penche-toi... Sur le versant de mon eau qui se fixe
Apportes-y le moins ivre de tes soins
Là est
Toute chose de sa crasse dépouillée, précis.
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10:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.01.2008
le temps
le temps
se repose
au lieu où
bientôt
l’eau se glace –
– et gèle les âmes
derrière
lesquelles
au soleil d’hiver
s’échappe
s'intensifiant
le dieu
le mercredi 30 janvier 2008, 9h01
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21:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.01.2008
Empreintes II
L’horizon est venu, cavalier
d’air tremblé par
le lointain aplati
entre la terre ou la mer
et, plus haut encore que cela,
le mur bleu du ciel
mité par des passages d’oiseaux
et les nuages
d’eau et de songes
échappés d’yeux arrondis et
de lèvres closes prêtes
à humecter tout un corps de mots
encore tenu dans la cave
de la cervelle – et la clarté ;
l’entière clarté du jour
éclaircie par le désir
de ce qui fut appelé et qui est
venu, est passé, – traversant
les âmes en charge du vivre,
– déposant, comme à l’allé
de la vague, les profondeurs de la mer
en état d’énigmes.
Le 24 septembre 2007, 21h50, dans le train.
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23:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Au jour qu’elle a choisi (Thébaïde)
Je m’absente, régulier comme
L’accroissement des jours dépliés
A ma gauche, à ma droite
Pour qu’avec la poussière ligotant mes cils à nos souliers
J’entraîne le sol à ma poursuite
Qui sert l’os, le liseron, la tombe et le vin :
Absente sois-tu Terre, que je me donne à toi
Te retirant de ma chair sans nous déchirer ou nous rompre,
Qui m’épargnera au jour précieux des larmes ; peut-être.
(1995)
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23:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.01.2008
Et lorsque, à l’heure désignée
Et lorsque, à l’heure désignée,
L’ensemble des océans dénoueront
Leur nuque jusqu’au plus haut des eaux,
L’épiderme, énorme, sera visage ;
Alors ces océans regarderont l’Ange choir
Qui garde ses ailes sur ses flancs
Et maintient sa course d’Immortel suicidaire,
Les paupières innocemment arrachées :
Lui, le Passager souverain.
(1996)
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14:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.01.2008
Dira-t-on ce qui vient
Dira-t-on ce qui vient,
silencieux, dans ses pantoufles,
à ma porte ? Quelles ombres,
ou quelles lumières gauchement grotesques
accompagnent la route
s’enroulant autour de mes jambes,
puis autour de mon buste et de mon corps ? Il faudra
donc que je disparaisse dans ce qui
à moi vient ? Il faudra donc
que l’heure vienne pour n’être plus
que le silence qui, à ma porte,
se présente. Ô gentil visiteur, chose ou gens,
prends ma place ou emporte-moi,
fais de moi un voyageur,
car je joue à la vie (tronçon mièvre de vers), immobilisé
par les rubans d’or et de ténèbre séduisants
que l’irréel du monde coud sur moi.
- Je veux passer
à autre chose, le monde étant vaste
de son néant.
(1998)
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09:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Recommencer
Toi qui du feu résiduel es sorti
Qui hésites
Entre tes doigts s’ajoutent
Le nombre les années
Et tu regardes ton père s’effaçant
Ta bouche voudrait
Sur le reste de ses
Cendres
Cracher
En refaire ce peu de chose virginal
A partir duquel l’Histoire prit un nom.
Toute ton eau de toi s’est retirée
(1995)
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09:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.01.2008
sec le sol a délibérément éteint l’entre-deux
sec le sol a délibérément éteint l’entre-deux
obscur de mes gestes : à quoi bon ?
j’ignorerai toujours
le tempo argileux qui porte à moi l’iconographie incomplète
des Présences - deux yeux gris clair qui se lèvent
pas grand-chose à part
ça, mais c’est suffisant pour s’imaginer vivre un peu
qui suivent
l’orbe ignorée d’un fragment de béatitude qu’eux seuls regardent
qui ne sont pas les miens moi qui les regarde :
ainsi leur succède l’ouvraison prévisible sur ma gorge
alors angoissée
d’une épaule grège, d’un instant
qui est la nuque et le profil en leur perpétuel équerrage
ô novation exténuée s’ajoutant aux bannies
épreins l’épure du corps mythique
unique, protéen
jusqu'à l’équilibre théorique
des sens aveuglés par la perte de soi : moi j’aurai l’abîme
sur ce sol
plus loin vers l’horizon imperceptiblement courbé je chavire
qui me veut tenir debout pour sa seule gloire
trop de grincements d’âmes lâchés par mon estomac soudain en travail
au tiers plein
je suis, gangrené, une pietà sans mère en gisant : à plat ventre
personne pour me soutenir et me faire voir
une autre fois l’oblique de toute chose infiniment changeante
me reste un souvenir à ruminer
qui me tient et me lance à chaque pas
la charade inachevée des dos et des jambes
qui défilent et puis
passent
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
23:26 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.12.2007
La flamme est dorénavant toute proche
La flamme est dorénavant toute proche,
qui dégoutte d’hydromel,
buvant l’humide joue de l’ancolie, au soir.
Elle n’est pas à craindre, cette flamme,
étant ce qui fut voulu, dans un cycle de prières.
Un quatuor s’y fait entendre.
Chaque instrument porte les noms latins, presque légendaires,
du petit nombre de fleurs qui nous sont chères.
Et chaque fleur tuteure un des quatre instruments
où patientent quatre morceaux de vie.
Folle, c’est le bouquet d’Ophélie, folle,
n’achevant plus de s’allumer sans violence :
« There’s rosemary, that’s for remembrance ... »
C’est l’appel lancé jadis,
après son ambassade,
sur ses pas revenant,
chargé de vivantes promesses où perle
et roule encore
une minuscule bulle rosée d’ambroisie :
C’est une graine,
prends-en soin.
Entouré de fumée,
en mouvement,
plein de fumée, l’appel, revenu
béni de mille saintes brûlures et stigmates,
chauffe comme un brandon tiré du four :
noir et rouge-orangé.
L’âme attend ce pain qu’il faut mordre.
(1997)
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23.12.2007
Hallucinose
Ô sacrement
La morsure de l’ange
Sur ma lèvre par elle ainsi couronnée
Parfume de vin pur jusque dans ma gorge effritée
Où respire
Amoureuse et terrible
Une feuille détachée par une enivrante voix
Du buisson ardent
Ramassée à son pied
Prise par ma bouche
Dans la bouche même du Messager consentant
La dépouille hypnagogique de ce baiser inoubliable
Que je savoure, que je mange
Que je mastique
Qui se fait chair, qui se fait corps
Distincts de ma nature, mélangés à ma personne
Au suc puissant
Déchire la frange opaque, épaisse
De tous mes sens comateux
Maintenant lavés
Dépouillés maintenant
Ô mystère de la joie
Fugace par nos erreurs
Dans l’éclair pourtant vrillant l’éternité jusqu’au coeur
Qui dans mon torse accroche les pétales ourlés
Fleurissant dans la conque bleuie des pas de l’ange
Dansant funambule avec la complicité harmonieuse de l’air
Sur le balançant fil de soie
Du fin sourire d’un champ de campanules
Parsemé de rouges coquelicots apaisants
Pareils à l’empreinte souple qu’il lèche sur sa dent
Longuement
Qui est mon sang imparfait
Ô inestimable présence de l’autre
En nos seins respectifs
(Totalement désiré
Accepté, acceptant
L’invitation insistante, la maison de l’accueil)
Comme autant d’échelles nouvelles
Soulevant plus décidées encore qu’autrefois
La trappe du ciel
Ma faim est immense
Son souffle infini
Les paumes en avant
En éclaireuses, en ambassadrices
J’attends qu’elles se fondent à nouveau
A l’étoile dure, à sa force, à sa splendeur rebondie
Que l’ange s’offre comme repas, me possède en retour
En une même matrice
En un même baptistère
Mon front amarré aux flancs de l’ange
Ses ailes
Comme autant de tuteurs trouant
Violemment comme deux clous mes poignets
Aux mains sur ses épaules déjà épanouies
Comme deux vivantes ailes
Gloire
ici
Soit rendue aussi à la fondamentale Séparation, à sa fertile suite
Désir, Manque, Frustration, Perte, Distance
Qui par leur œuvre ambiguë
A la fois
Dans l’instinct des muscles
La première peau toute sensible, électrique, de l’esprit
Dans l’os protecteur
La moelle profonde et nettoyée des arts et des mots
Travaillent
Sans relâche pour qui sans adoration les cultive
A la fois
A notre impossible libération du Purgatoire
Que sont pour nous eux-mêmes
Au suicide, à la faiblesse, quotidiennement vécus
Par moi
Qui écris
(1995)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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17.12.2007
Je ne dis que sel au faîte de ma langue
Je ne dis que sel au faîte de ma langue
Et l’eau du foyer pour détourner l’âpre de son goût
Comme mangue égouttée translucide
Sur la frange inférieure d’une lèvre ardoisée.
( D’après une photographie de Saudek Jan, Lèvres à la goutte )
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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09.12.2007
Il écoutera, en corps
Il écoutera, en corps
et en esprit. Oui. Ce qu’en avril
le dernier crépuscule traverse du jour
et de la nuit un moment
amalgamés – train lancé
à la vitesse du temps voulant
chercher le soleil
aux reins sombres de la terre.
Pourtant – la distance se creuse, – continuera
toujours de se creuser. La nuit se fait.
Vient l’étoile. Il y a
des bruits dans ces couleurs du monde, un
bruit pour chacune de ses formes, et un autre
pour chacune de leurs manifestations
et chacune de leurs absences
encore – sons contraires
d’une très-vieille symphonie : ce concert
de guerre et de contrariétés allonge
les cent horizons jusqu’au premier souffle
de l’astre originel, – vers le silence
et puis la note
qui encore dans le maelstrom perdure.
La dysharmonie les étire, les épuisant
en anamorphoses successives. Ainsi
le trouble s’ignore comme trouble
et s’accroît sans cesse quand
tout, de lui, lui paraît égal.
Et géologiques, les rythmes ; défile
le monde parcouru par le train ; le monde,
qui, en son orbe, défile au ciel
entre toutes les galaxies – glaciers
faussement immobiles –
dont l’œil nu racle la Nuit noire
de sa serpe, arrachant
ses roches pour les pulvériser au feu
de la grande crémation
commencée et annoncée, – laissant,
érodant les vallées du vide,
une trace d’encre que précèdent les songes
en moi en
leur morelle profondeur.
Voyageur de deux âmes, je
suis parmi les hommes
et de la vie nôtre.
Le 5 mars 2006 (20h30, dans le train Montpellier – Narbonne)
Le dimanche 9 décembre 2007.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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05.12.2007
La semblance d’extrême froidure – quand
La semblance d’extrême froidure – quand
au très-noir du dernier ciel en
date calculé par la mathématique
se désempierrent les lourdes
nuits au désert nourricier
de leur feu pulvérin – une
ligne brève disparue de givre
en silex nocturne passe,
se maintient sous la cloche de détresse
que forme l’œil songeur, formes d’en-dessous,
lorsque l’eau glacée se trouve
pour sa saison
une épaisseur ; c’est
cette sorte d’étoile, précise
dans l’allée de sa trajectoire blanche,
qui désaxe, éteinte
à peine sentie, la roue des légendes
tournant en nous, noria
dans l’entrebâillement des songes
et des regards ouverts
préparant le geste.
S’intériorise et s’illimite le détruit,
le détérioré au chemin d’œuvre
victorieux se donne dans le froid large d’éternité
que souffle sa bouche ; y résiste
et dure le dieu en son éros – notre
réalité.
Lundi 3 – Mercredi 5 décembre 2007,
train Montpellier-Narbonne (21h50) / Narbonne (22h25).
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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26.11.2007
Dans mon lit d’insomnies
Dans mon lit d’insomnies
Tellement proche de l’argile au toucher
Thanatos délaissant ses ailes
Attentionné infiniment s’approche :
L’anneau sa bouche me murmure que je suis
L’épousé
Mais lorsque je lui livre ma nuque
N’est plus que vierge folle
Hystérique et coquette
– Sa difformité absolument distincte –
Au brouillon de danse syncopée et me
Nargue : « Je suis indigne de
toi »
Autour de moi circule frauduleux
(1995)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
09:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.11.2007
Un ange décharné s’est planté dans ma nuque
Un ange décharné s’est planté dans ma nuque
Avec ses phalanges étroites
Comme une musique si près du monde effritée déjà
S’expulsant de ma bouche
Et ses os sont ses phanères fendus
Comme une déchirure
Ces mutilations rendues
Pareilles à des ailes
Emportées dans la course précise des astres
Qu’elles ne sont plus
(1997)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
11:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.11.2007
Ciel de soie rose
Ciel de soie rose
au bleu le plus réel et clair
de l’avant-soir jamais
vu jusqu’alors – au couchant
que masquent les fronts de la ville,
mais que justifient
la cérémonie passive
des toits, et celle,
totalement ins-
-table, des étourneaux
démonisés.
C’est
le silence archétypal gardé que
ces oiseaux en nombre mettent
en désordre parmi cette joie
de lumières – au prisme de cette minute,
seule capable d’autant de beauté.
Il est déjà
presque sombre ; les rues
rentrent dans le feu électrique.
Narbonne, le mardi 13 novembre 2005
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
19:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Encore : Parle-moi, Espagne
Encore : Parle-moi, Espagne
– Fort et haut, entière – martèle
Sans fausser ta voix d’entrailles
Des exilés, de tes morts, de tes vivants – sois,
Gueule ouverte, agitée, fiévreuse, baroque et frénétique
Dans mon ventre, Espagne : avec l’omniprésente douleur
De mon grand-père, dévoré de sa terre, exilé anarchiste
D’après guerre civile, ayant tué des frères,
Sans laquelle, sa terre, – laissée
Derrière soi – le ciel ne bouge plus
Que par instants ; alors le monde oppressé
Se met à respirer – enfin –, comme par défaut. Donc :
Dans la pureté ; et c’est le corps des foules
Au sang qui gronde et qui chante
Avec et sans les armes
Le chant des barricades et des sentiers.
De peur que je te perde : Parle-moi
Dans tes chants bruns où
La lumière scrute la mort pour s’y confondre
Et y resplendir.
Dis-moi les sources, les roches nues, les climats et les secrets
Qui ont des têtes de rapaces et de nobles vautours,
De ton opéra que tant de créateurs ont servi.
J’ai oublié ta langue ; je ne la parle plus ; mais ta langue
En moi se propage, se divulgue, s’infuse,
S’est fait organe de chair avec le cœur et les poumons ;
Comme un bras aussi. Espagne, grand-père, terres,
Vaste frégate qui bientôt s’en ira
En me laissant sa pleine cargaison d’or et d’aridité.
(1998)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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09.11.2007
Je : chuchotante parole
Je : chuchotante parole
L’absente toujours
Aux ailes en moi volontairement rentrées
Moi qui incorporelle
Ne sais où m’attendre
Sinon dans l’asile des bouches d’Hommes
(2001)
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Je veux me voir brûler par le feu, et naître avec lui – définitivement
Je veux me voir brûler par le feu, et naître avec lui – définitivement.
Que s’étouffe mon cœur inutile, et qu’il périsse,
Tout comme ces membres qui doivent nécessairement noircir
Dans le sombre de la tombe
– Les savoir tous charbon –
Crépitant du rire salutaire des derniers jours ;
Et les flammèches
Fendiller l’ongle de mes doigts
Jusqu'à leur plus âcre lumière,
Mon crâne
Se tordre comme
Les lettres du verbe enfers imbibées de sel,
Que mon corps pue – je veux le sentir enfin dans son dernier [parfum.
Une sève sèche qui s’écoule, qui est perdue.
Je veux me voir me plier,
Me voir cassé, me voir rompu,
Et devenir moi-même corps du brasier
Epousant la flamme, m’y soumettre : être avec elle qui s’est fait [nous,
Ouverte sur moi, en moi travaillant
Epatant mes reins pour en faire notre foyer.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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08.11.2007
Que ce vers
Que ce vers
s’écrivant porte
aux bas feuillages
de l’émotion
le lent frémissement sublime
progressif, compulsif
de la merveille en actes
allongée sur le corps de nos repos
où la confusion s’ordonne
Que la jouissance
l’élève par saccades
avec les mots comme enveloppes
de sang
jusqu’au dernier rameau
de l’âme
exultante et pacifiée
Qu’il ne reste de ses membres
ensoleillés de sève
d’azur et d’humus
que l’explosif brandon injustifiable :
de toute éternité des mondes noyés
mais présents déjà
dans l’écorce des dogmes
sont à naître
et sans peine prendront chair ;
quoi qu’il en coûte
au verbe
serviteur et maître
seigneur en ses Maisons.
(1992)
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06.11.2007
CREDO NON CREDOQVE
Plus près
In aeternum
Jusqu'à la nécessaire lézarde
la scissure
L’irradiation
L’éradication de soi.
Puis, à nouveau, au plus loin être repoussé
Au-delà de l’extrême marge des yeux et de la bouche
(1998)
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Corps de l’absente
Je suis devenue folle
M’entends-tu ?
Dans le désarroi de ta bouche
Ce que tu crois le cosmos
N’a jamais eu que le son
Pour unique carcasse
Je ne peux oublier ce vide
Et par lui mon âme tressaille :
La foudroyante misère à mon sang fut promise
Je suis déchirée
D’autres bouches font de moi leur manne
Moi qui ouverte ne suis plus que passage
Plus qu’un creux à jamais poursuivi :
Je m’écoute m’emplir me désemplir
Retenir, rien
Je m’écoute passer dans la lenteur du monde
Comme une pierre trop lourde
Déséquilibrée
Ralentie
Lasse
Stagnante : c’est l’interdit
De l’eau privée de pente
(2000)
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30.10.2007
Toi qui comme l’eau prise
Toi qui comme l’eau prise
dans son givre contractes,
jusqu’à la brisure,
la bouche au centre de ta face, et qui
lui donnes ces cicatrices blanches et grises,
parfois maquillées de bleu, poussant
au plus lointain
les crispations de l’hiver,
recueille, le veux-tu bien ?, ma parole,
et tiens-là au plus près de ton corps scintillant
- c’est aujourd’hui qu’une ombre s’est penchée sur moi
et qu’elle me suit,
suspendue par miracle,
poussée par les deux vides, entre
moi et ce que reproduit le soleil sur la poussière.
Toi qui, gonflé de glace, montes
jusqu’aux berges du lac, n’écoute
que moi ;
l’écho que tu provoques est le plus pur.
Il faut absolument rêver.
1998, je crois.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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Nous nous croyons en partance, - au pied des océans bâtis
Nous nous croyons en partance, - au pied des océans bâtis
par les ports ; et cependant indisposent
ces teintes que prennent nos mains à trop avoir tenu
la grille et les barreaux : elle ont rouillé comme
s’assombrissent par plaques entières l’écorce des arbres
qui s’usent
à perdre dans le filet troué de leurs branches le vent. Nous
nous croyons – le bord du gouffre
serait déjà pour nous une promesse de départ : le plongeon
nécessaire – vers -. Et 3, 4, 5, 6 fois,
nous crachons sur le sol, pensant vaincre le sort,
mettre le saint dans nos valises, Hermès entre les dents
des coutures de nos poches de pantalon. A l’intérieur,
tressaute et sonne, comme des centimes,
le grincement flasque des paquets de vermine
que nous emmenons toujours avec nous. Peste éternelle
en nos vies maritimes et de voyages, d’ailleurs.
Nous l’avions gratté de nos pores, ce mal ; et nos mains
et nos ongles sont sales, ont ce rouge passé
propre au sang séché des choses : il faut partir ;
le désir est présent, nucléaire, dynamique.
Nous espérons,
les mains serrées que, dans le lointain, la porte ne sera point close,
sur laquelle est cloué l’autre en ses désirs.
(2004)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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25.10.2007
Pratiquer devant les peuples
Pratiquer devant les peuples
(dont l’œil s’éteint encore et la langue s’appauvrit)
les grands interdits : être le magicien à jamais jeune des choses
à jamais jeunes qui échappent aux mots – mais
pas aux gestes ; - je veux ces gestes-là
qui sont autant d’ardents signes pour
ma naissance au magma du monde
qui fera de ma conscience son empreinte.
(2005)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
18:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Plus rarement, j’entends
Plus rarement, j’entends
le flottement de l’aile
angélique – dans la pièce, pourtant encombrée déjà, où
s’engouffrent et s’amoncellent les objets inutiles
du jour, et les inutiles paroles – c’est
une feuille de soie que l’on promène
sur la peau ; une douceur dans le son
qui ne devrait finir jamais ; une
fleurissante blancheur s’égratignant
à la roideur épaisse des murs
lorsque bientôt (cela se devine) l’éclair finira ; et qui gêne. – Je
suis assis, à la merci des ----.
Que vienne
du haut large, le navire stellaire
chargé de terres fertiles, d’eau, d’hommes et de bêtes ; que vienne
l’arche pathétique au vague visage modelé
par le jeu des translucides ombres caverneuses
dans lesquelles babillent – à nos sens néandertaliens – le vrai feu
à jamais naissant.
Cela se fait si rare,
cette expérience, à présent, que
le plus subtil mouvement de l’ange
laisse engendrer du corps déjà superbe du monde
ce monde idoine s’ouvrant
jusqu’à
disparaître en lui-même – tel est le don.
La seconde a passé :
le lit de l’espace, du temps et des mots a rejoint
ses berges le long desquelles éclosent les jardins surgis
de lys mauves. L’ange invisible a son parfum,
sa couleur, - nervure
crochetant l’extérieur à l’intérieur, le poème est à moi.
Dimanche 5 février 2006
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18:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2007
tout l’obscur – chair
tout l’obscur – chair
profonde des nuages au soir
d’octobre ; et même
cœur d’avant-nuit
privée d’étoiles, battant
lent, en lui, la marche presque arrêtée
d’une fin de jour
couverte par l’encre
d’une sèche
cachée au plus rentré
et élémentaire
de ce ciel de grès noir
Le lundi 22 octobre 2007, 19h44-20h00. T.E.R. Montpellier – Narbonne.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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22.10.2007
Des interdits – c’est de là, d’eux, que je
Des interdits – c’est de là, d’eux, que je
ferai bâtir une chapelle de ta peau ;
je ne suis pas christ, mais
s’y fixera mon visage ;
et mes lèvres sauront alors
quelles sont tes amertumes.
(2006)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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21.10.2007
Objet de Nuit
Objet de Nuit,
Fatalement réfléchissant moi
- Et de moi l’expression tardive des heures abusées
Par le jeu des brisures et des chairs qui se gonflent
Et qui n’en peuvent plus d’être elles-mêmes,
Tellement que rechercher l’hôte est l’obsession,
S’enfouissant dessous la face des choses
- Sous elle nerveusement agrippé -
Suspend sa bouche et la dilate,
Ouverte, fendue
Elle-même apocryphe et faussaire
Et se frotte jusqu'à parfaitement être ce qu’elle touche :
Mouvements identiques qui s’embrassent, se mêlent et sont ;
Double qui s’invente et se recherche comme tel,
Ne laissant à tout jamais que le vaste et monotone
Accord de la métamorphose incessante - C’est le pur qui se donne
Tranche et se transmet : ainsi l’autre (le même)
Ne se pense plus solitaire. Et l’objet se resserre et
Se rétracte et rentre en lui-même :
Il agonise de s’être voulu toujours hors de ce qu’il est,
Chose vue (à jamais expirante), géométrie du corps variable,
Emotion d’une nef désireuse ;
Hors, tirée et qui se rejette et veut s’expulser
Jusqu'à la dissonance de l’extrême partage, et la perte,
Et l’improbable,
Et le presque pur : la parturiente insatisfaite
- D’éternité scandaleuse
Et qui se voit se regarder,
S’enfantant de l’échec vers l’échec,
Encore et encore
- Mais qui inexorablement s’éloigne
Vers l’infiniment disparu.
(1996)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
08:26 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Nue beauté
Nue beauté,
Amoindrie jusque dans le plus petit jour,
Par la lumière même qui doit l’accomplir.
9 août 2001
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08:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.10.2007
Ce qui s'abîme
Il y a des instants, des pas, qui devraient m’arrêter, qu’à mon corps défendant je fais néanmoins - qui feraient, de la sérénité, vaciller les plus stables statues ; mais qui sont les pas de tous les jours : ici, comme vous, amis et ennemis - je déambule.
Je dis de tous les jours ; or, il ne suffit que d’un seul de ces pas (beaucoup moins qu’une seconde) pour qu’une reconnaissance du monde tel qu’en lui-même, mais étrangère à moi originellement - involontaire et foudroyante -, soit, en moi, mise au jour. A la directe suite du cheminement, proprement inenvisageable, légué par le fructueux hasard, ou plus beau, la digne Providence.
Subite, la révélation ne laisse d’autre place qu’à elle seule - elle soumet tout ce que je suis - elle veut tout (de moi) ; et tout se passe comme si j’étais né que pour n’être, à cet instant précis de l’illumination, que son foyer d’élection. En moi, de part en part, traverse, défloré tout à coup, un grand mystère, mis à nu grâce à la mécanique subtile que je n’ose ici nommer.
On rugit cependant comme un lion châtré, en soi : parce que cette manifestation de solaire vérité, toute pure dans la seconde qui vient de passer - sans un mot, selon mon propre pas - se fanera, ou se boursouflera, dans le commencement répété des secondes suivantes.
Déjà trois pas de plus.
Déjà, presque plus rien ne restera - et les mots, seuls, conserveront ce peu, abîmé et justifié par eux, qui sont l’oubli inévitable et bienfaisant : la consolation.
L’ombre est devant moi s’estompant, très douce.
Dimanche 17 décembre 2000.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
10:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2007
Nos vies sont des études
Nos vies sont des études,
des à peu près pour un crime
plus grand encore que nos places encombrées
ici – en nos lieux, nous sommes comme
des essais d’oiseaux, des tentatives
de soleil creusé à même le précipice,
alors qu’une bouche, dit-on, parle
du fond des eaux d’où le monde a cru surgir.
Elle bouge, se tord, lèvres-vipère qui mue
au plus ras des herbes,
dans la poix du silence
qui, en sa pesanteur, veut se faire entendre.
Elle voudrait dire que cela vient,
que cela viendra après nous,
qu’il y aura l’achèvement,
mais elle est
d’un avorton pleine.
(2004)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
13:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L’éphémère chemin, vers le ciel
L’éphémère chemin, vers le ciel,
déliant les branches entre elles
du terrain aux noyers,
s’insinue, grâce aux vents,
jusqu’au sol qui cherche
à se dérober à lui,
- comme un enfant qui a grandi
aux caresses de sa mère adorée,
et qui, sevré, s’éloigne. Le soleil, lui,
ne dévie pas ; et chaque chose,
à sa place, ferme, en son dehors
change (de couleurs, d’yeux, d’ombre, de
profil et de front).
L’évolution
du monde unique est si belle
en un jour quand
sa volée d'oiseaux passe
et s’efface à peine
entre chairs et mémoire
…
(2005-2007)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
13:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.10.2007
Hiver de paysages
La neige, à cet endroit, est enfoncée ;
quelqu’un déjà est loin,
là-bas, se faufilant
dans le profil des montagnes et des forêts
qui se détisse sans le vouloir, – mais qui
pourtant ne varie pas. Les aubes
et les crépuscules sécrètent leur sève. Toute
une couleur nourrissant les sirènes
en leur corps de plumes, de chairs
roses et de poissons.
entre ces traces profondes de pas auprès de moi
et le monde disparaissant,
qui se confondent, se mélangent, se
respirent, reste
l’indestructible épaisseur de la conscience
Un lien s’est fait, mystérieux, cependant évident.
(2003-2007)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
19:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Aussi bas que le reste
Aussi bas que le reste,
Sinon sombrant.
Quelque chose de toi sans cesse dérivant
Me transporte.
(2001)
19:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cantique à la mère
Je dis :
bienheureuse, celle qui entraîna ma joie,
ne serait-elle que passagère,
par la naissance d’un fils aux yeux clairs,
qui lui donna son nom si plein
d’azur et d’exquisité – Raphaël,
Raffaëllo
archange qui n’en a pas le titre :
ton rang, ta puissance sont
dans le gris mouvant, dans le bleu
ample et immobile de ton regard.
« J’exulte », s’écrie la mère.
Dans son ventre s’organise le cantique futur
d’un fasciné . « Mon chant païen sourd de mon ventre.
Ma main caressante le surprend en ma peau.
Un fils naîtra de moi. »
Je suis ce fasciné hébergé par toi pour mille ans,
tu me nourris,
et mille ans sont peu pour moi
tant ma faim est sans mesure.
N’aie point de crainte, ô mère…
Qu’as-tu à redouter pour toi et les tiens ?
N’est-ce pas là l’adolescent venu au monde,
signant de sa haute présence
ton humaine grandeur ? Ô bienheureuse,
par lui que je chante, je te sais
plus proche de moi
que tu ne le sais.
(1994)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
19:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.10.2007
Ma face est une tapisserie déroulée, tendue
Ma face est une tapisserie déroulée, tendue,
Regardée par la création
Hors de laquelle je me suis retiré
Afin d’être visible, visité et vu ;
C’est ma volonté.
Il m’a fallu passé l’embrasure,
Faire de moi un objet de contemplation,
Quitter l’alliance qui m’a donné à tout oublier
Pour que je vive dans les regards
De ce que j’avais donné pour mort ;
C’est ma copernicienne révolution.
Il a fallu renié.
(2005)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
15:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le ciel a dû s’extraire du gel
le ciel a dû s’extraire du gel
au cours de la nuit – demeure
sur le sol une diaphanéité de soir :
les pieds de vignes gardent
en eux tout le sombre du monde
– l’automne des récoltes a passé
Le 23 décembre 2006, dans le train Narbonne – Montpellier, vers 9 heures du matin.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
15:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.10.2007
Parole prise en l’ambre d’or des roses
Pour Max Rouquette
Parole prise en l’ambre d’or des roses
soudainement parfums purs sur la note finale du jour
que transpercent nos soupirs durant les rêves,
lorsque la nuit libère la danse inconsciente des mots et des [manques,
parole sans âge, maternelle et déliante,
sentie depuis qu’un cœur bat en ce monde,
quel trésor, en nous, gardes-tu dont tu es si jalouse,
que nous devinons avec peine à tâtons,
mais qui, pour certains, nous donne à mieux respirer,
mystérieuse et familière ?
Parole sans mots nichée, inaltérée, dans l’émotion qui l’habite,
fantomatique et fluide salamandre cerclée de feu et d’ombres
soufflant sans cesse au sein de nos vies
que la vie vient à nous grosse de ses désordres et de sa bonté,
fais-moi voir, par ta face, la face rude et simple
des choses auxquelles je dois me plier
pour croître enfin, définitivement, en ma vie même,
débarrassant l’existence d’un destin d’inutiles paroles.
04 – 08 - 04
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14.10.2007
Ce que je vois de toi
Et sur ta peau chauffée
Si blanche
L’épitaphe mes mots inextricablement mêlés
Descendus dans ta chair-même
Comme répandus
En eaux glacées de la fascination
Mots s’imprégnant d’elle
Jusqu'à devenir troubles aux yeux de tous
- Indéchiffrables -
Pour s’y fondre intimement, absolument
Seul quelque chose de moi discernera toujours
Le sens et le désir :
En toi, infiniment, est ma mouvante demeure :
j’écrirai encore
(1997)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
07:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
12.10.2007
De tout ce temps
De tout ce temps
que tu n’as plus,
que cet autre qui vient
dévore et qui s’épuise lui-même
en sa caverne d’absence
– pour ne rester plus qu’une impression
joyeuse (« A moi, les jours et les ans ! ») :
que t’en revient-il ? – Tu as trente et un ans.
Et les fantômes à ton image
sont comme une balance romaine
pour toi figé : oseras-tu
accomplir ce geste infime
qui te fera basculer vers eux,
en avant – ou en arrière ?
de quelque côté que ce soit ?
n’importe où ? – Mais basculer.
Les fantômes espèrent…, et ils frémissent
dans l’attente d’exister
– comme des nouveau-nés violacés
qui n’ont pas pu pousser leur premier cri.
Lundi 24 juillet 2006, 17h26, Riga
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Rôde et te traque en toi
Rôde et te traque en toi
la gueule souveraine du cannibale
difficilement maintenu, retenu, contenu
– dans son labyrinthe d’immutables noires roses –
par la toute-puissance des bonheurs
que tu découvres sans cesse aux jours.
… Il se fermera en claquant,
le piège à loup plus vieux que toi
– comme une porte aux Enfers.
Tu n’auras pas le temps du hurlement.
Sur les pentes du parc, menant au canal, face à l’Opéra National, Riga, le 8 août 2006, 19h20.
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08.10.2007
C’est un beau ciel subrepticement
C’est un beau ciel subrepticement
revenu où palpite,
dans l’invisibilité défroissée que
lui donne la lumière
du jour, tout le réseau des étoiles,
des planètes et des bêtes zodiacales – et
vient en moi la parlure
des mondes en battements sourds,
comme peau d’âme tendue frappée
à plat de main sur le tambour d’un cœur
invincible que, jamais, on ne
voit.
Hilare et nu, le
petit dieu Protée a pris son visage
de saint asiatique et le colle,
potache, à la vitre où glissent
les royaumes, les déserts, anciens,
actuels et nouveaux, des hommes. Leur
haleine épaissie de cèbe
embue le verre – comme
ombres de feuilles d’oiseaux de feuilles
sur la rivière
d’oubli où, oublié,
scintille, malgré tout, à-demi, un
unique cheveu de lune argenté.
Ainsi se continue durant la tragédie
et ses plaisirs, comme roche
tenue à sa mer, le haut mystère de l’esprit
capté par
le labyrinthe des Choses :
il faut que l’on y avance, coûte
que coûte, comme pèlerins
mis à vide sous les voûtes de Chartes, et
laisser sans crainte le trouble et le trouble
des sens et du trouble nous décortiquer, nous
écosser, et qu’un
autre moi-même, autre
et même, sorte de nous,
en gouttes une à une versées,
infusées dans le beau ciel
revenu, au-dessus de notre profil, se fortifiant
de ce philtre humain, – et ciel
rendu à lui-même pour
nous y assouvir jusqu’au
plus reculé de la psyché du Monde où
j’assure que je suis
en fantôme, comme doigts amoureux
faisant résonner la
perpétuelle musique de mon cœur.
Le samedi 6 octobre 2007, Tramway, puis Place de la Canourgue, Montpellier.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
09:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.10.2007
L’Absoute
Où donc
Laisser survivre
Le gris naissant de la prière
Renouvelant la trace
Insatisfait
Autour
De la branche pliée comme une flèche fleurie encore
Des cils du moine cristallisées au plus profond
Dans la grappe de sève brute ?
Infime
Comme de l’or fléchi blanchi dans l’ornement des membres
En ses gemmes le sel
Un corps redonné
Comme une étoile rafraîchie dans la corbeille comblée
Du surplis de ma bouche doctrinaire
Oui, corps réformé
Dans le relèvement (Ô atmosphère
Discordante stylobate écrasé jusqu'à n’être qu’un !)
Des interdits - C’est de là que je
Ferai monter un châle de peau
S’y fixera ma chapelle des sens
Et mes lèvres apprendront alors quelles sont ses
Saveurs -
Je t’absous
(1995)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
20:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.10.2007
Ils viendront, papillons
Ils viendront, papillons
silencieux sortis d’un temps
de nuit où la Nuit,
seule, se rêvait
dans son rêve de nuit.
Elle ne connaissait
pas encore la lumière, inexistante
fleur tombantpoussant
dans son œil noir
grand-ouvert où fleurit, superbe,
son jardin obscur, – prenant
les dimensions d’un ciel imminent
perdu dans son idée
de lumière – car,
au plus intime de son
néant, la Nuit soupire
un clair de lune roulant dans l’eau quand
nage, invisible,
sous le visage
des nénuphars roses à venir,
la furtive grenouille
en sa non-présence.
Dans le lointain, une
araignée suspend sa toile. Nous
ne saurons jamais que
sont ces Ils immémoriaux.
Février 2007, San Francisco.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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30.09.2007
Au sang exquis de l’orchidée superbe
Au sang exquis de l’orchidée superbe
- au mystère de la fleur la plus commune -
que le poète - maintes fois - a fait jouer
sur ses dents limées par les choses à dire
- entre le souffle indistinct et le vieux mot prononcé -
je préfère la longue strette efficace et souveraine
des corps neufs et passagers
me jetant dans la faiblesse, le trouble et l’intimidation
d’une révolte que ma chair ne divulguera pas
que ma bouche gardera ouvertement tue : moi,
les yeux baissés, le corps - amant possible - passe
et - en fragments composant la fugue immense du désir -
sous ses propres pas
se dérobe
- dans le choc silencieux et opérant de cette perte imbécile :
une nouvelle fois - heureux poète - ce feu m’échappe.
Sans cette mise à sac de ma vie, je n’écrirais pas.
A la désincarcération du vers prisonnier du mot
l’humiliation est nécessaire.
(1997)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
17:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.09.2007
De loin
De loin,
quelqu’un joue sur le piano oublié,
placé là,
dans cette pièce peu visitée de la maison, - là-bas.
(On
dirait presque que l’ombre, maîtresse du lieu, passée la porte,
a laissé
s’exiler volontairement d’elle
la marge exiguë où respirer pourtant, où
respirer à sa propre
mesure sont possibles.) L’homme et la femme,
abandonnant les mots vides,
qu’ils ne se disent même plus,
écoutent, - surpris dans la lassitude
alourdissant l’empreinte déjà profonde du corps
mis au diapason de l’âge,
et des habitudes qui ne changeront plus,
dans le moelleux vieilli de leur fauteuil
respectif (« Mon fauteuil. Ma place. Mes gestes, lorsque le soleil
tombe sur ma main qui a perdu le sens de la patience
et celui de l’impatience. Sur mon journal, lorsque je lis les gros [titres. »).
– Comme un chien bicéphale jaloux,
ces deux gardeurs de Mort,
chaque matin,
les guettent, avec mille mornes fêtes,
entre les rayures du cuir usé
de leur existence.
Pourtant la musique vient jusqu’à eux,
pendant qu’immobiles, leur attention s’aiguise.
(2005)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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D’autres hommes m’ont dit
D’autres hommes m’ont dit que la route est longue jusqu’à la rencontre et la capture des souvenirs : je ne sais si cela est exact, mais j’essayerai au mieux de mes possibilités d’aller vers eux – de toute façon, quelque chose m’y oblige, m’oppressant presque. C’est la sensation confuse du devoir à accomplir, et qu’il est impossible d’éviter sinon la mort passée : du rappel et des évocations qui sont autant de paroles propices à calmer un temps les âmes des défunts dont nous sommes, de leur existence, les témoins. Certainement il y a plus que cela qui demeure, inexprimable, mais habitant le corps physique terrassant la/ma chair jusqu’à la grâce et l’abandon – je ne sais si tous ceux qui sentent l’obligation d’écrire ressentent cette grâce mordre le ventre et la tête ; moi, si ; je suis hanté, et mon démon porte sur son visage les traits qu’auraient pu donner ma vie, si elle avait pu s’incarner.
(2006)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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26.09.2007
Au plus clair de ton nom
Au plus clair de ton nom
Je veux suivre ma route
Et jusqu’aux ombres les plus terribles
L’obscurité questionneuse se mélange si intimement à
Ta pleine clarté qui
Demeure
- Parce que cela est superbe et nécessaire -
Comme la Fondation de toute chose
De l’intemporel arquant l’échine
Couvre la bouche des
Prophètes
Car c’est la rendre infiniment essentielle et discernable :
En toi,
Comme un soleil élargi
Aux dimensions insensées de ta Parole,
Quelque chose alors devient beaucoup plus beau.
(1994)
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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25.09.2007
Il n’a fallu qu’un bruit
Il n’a fallu qu’un bruit
de plumes et le cri métallique de deux
brèves tourterelles – pour que le temps,
par les sens bloc de marbre
roulé hors de sa carrière, se concrétise,
après l’éclair aussitôt s’anéantisse encor
et retourne dans le jour finissant à
l’éternité de nuit où s’alchimise
le regard que certains portent
un court instant – quand le détail
vu (une araignée
sur le carrelage) et disparu (la
terrasse avant le jardin) rend plus beau et
moins trompeur le ciel de l’esprit.
Le samedi 22 septembre 2007, 19h37 – 20h13, La Jasse de Bernard.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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A l’intérieur de soi, l’horizon
A l’intérieur de soi, l’horizon
est venu, cavalier
d’air tremblé par
le lointain aplati
entre la terre ou la mer
et, plus haut encore que cela,
le mur bleu du ciel
mité par des passages d’oiseaux
et les nuages confectionnés
d’eau, de charades et de
songes échappés d’yeux arrondis
et de lèvres closes prêtes
à humecter tout un corps de mots
encore tenu dans la cave de
la cervelle – et la clarté ;
l’entière clarté du jour éclaircie
par le désir de ce qui fut
appelé et qui est
venu, est passé, – traversant
les âmes en charge du souci de vivre, –
déposant, comme à l’aller
de la vague immense
d’après volcan, les profondeurs
de la mer en état d’énigmes : bris
de coquillages, d’abysses,
de monstres marins, entrelacs d’algues
et de sirènes chues du ciel, etc.
enfoncés dans
la bouche argileuse et pensive du monde, –
et qu’une pâleur de lune en toi trie.
Le lundi 24 septembre 2007. Dans le TGV Montpellier-Narbonne puis à la maison. 21h50 – 23h59.
- copyright Lionel Navarro tous droits réservés -
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23.09.2007
Une après-midi, place de la Canourgue
L’écriture chez Max Rouquette s’inscrit dans le long temps liminaire de la songerie et, le moment venu, se mêle à celle-ci encore à la façon de deux eaux, égales l’une avec l’autre, creusant et modelant patiemment, secrète pour l’une, pour l’autre visible sur la page, les cavités liées entre elles de son œuvre : nous sommes ici dans le mystère du seuil où se conçoivent et se répondent, d’une création à l’autre et souterrainement presque, personnages, lieux, états d’esprit, fables. Je pense à Virginia Woolf qui écrivit dans son Journal, le 30 août 1923, à propos du roman qui s’appellera par la suite Mrs Dalloway : « J’aurais […] beaucoup à dire au sujet des Heures, et de ma découverte : comment je creuse de belles grottes derrière mes personnages. Je crois que cela donne exactement ce qu’il me faut : humanité, humour, profondeur. Mon idée est de faire communiquer ces grottes entre elles, et que chacune s’offre au grand jour, le moment venu ». C’est le mot d’unité qui ainsi s’entend et que je vais essayer de mettre en valeur dans un cas particulier du processus créateur chez Max Rouquette.
Toute œuvre d’art qui veut s’exhausser vers le meilleur exige une forme subtile de ventilation, de respiration, entre chacun des textes qui la constituent : il faut que quelque chose de familier, mais néanmoins ténu, cependant circule, quelque chose de reconnaissable et souvent d’indéfinissable chez l’auteur que l’on aime à lire pour cela, j’imagine. Dans la lumière reposée de son esprit, le lecteur attentif peut voir apparaître alors, pour lui, le délicat fil d’Ariane déroulé tout au long de la vaste et variée production de Max Rouquette. Et il est, sur toute sa longueur et dans le déroulement des jours et des ans, perlé des songes et des méditations du poète. D’un bout à l’autre de ce fil invisible s’imprime une image personnelle du monde que l’invention et la singularité du créateur remettent en ordre, dans une vérité sienne.
C’est avec ce fil tissé à l’aide des matériaux dégagés par l’imagination, la réalité et le concret du monde que Max Rouquette a cousu son rêve et son action d’écrivain en perpétuel échange avec son environnement proche ou lointain, réel ou fictif : c’est ainsi que l’intime et le dévoilé, le restreint et l’illimité, l’individuel et l’universel se sont infusés dans ses mots. Ecrire est toujours une visitation faite d’abord à soi-même ; tout comme la songerie : c’est un regard émergeant de la nuit scintillante qui lentement révèle, pour qui se plonge complètement en ce regard, ce que ce dernier a vu en son obscurité première, un regard d’oiseau ou de papillon de nuit, ou de chat.
Un ami de Max Rouquette, Alfred, lui avait dit alors qu’ils étaient enfants parlant de leur couleur : « Tu as des yeux de chat ». Le félin voit dans la nuit ; il pénètre


